Le galop

Le galop

Le galop, c’est si beau!
C’est la reine des allures, celle de toutes les émotions, de toutes les sensations.
De la charge sur le sable d’une plage au changements de pied au temps, du galop rassemblé devant un gros obstacle à la pirouette, du galop léger des promenades au galop appliqué de la montée des dunes, cette valse procure sûrement les sensations les plus extrêmes de l’équitation… Vous avez dit valse ? C’est une danse à trois temps – comme le galop ordinaire, car le galop très rassemblé passe à quatre ! Compliqué ! Mais le galop peut causer d’autres tracas : le cheval désuni, celui qui part sur le mauvais pied, ou qui passe au trot, ou qui tire, qui fonce…
Quelques éléments, ” soufflés ” par le docteur Pradier, pour comprendre pourquoi…

Tous les chevaux galopent. Mais tous ne tiennent pas un galop ample, régulier, car cette allure instable (trois temps plus un de suspension) demande au cheval de rester en équilibre malgré le poids plus ou moins stabilisé de son cavalier.
Avant tout, il faut savoir que l’équilibre est, selon le docteur vétérinaire Pierre Pradier, ” le résultat de l’adéquation parfaite entre l’impulsion et le rassembler ”
Impulsion : désir physique et mental du cheval à se porter en avant.
Rassembler : état d’équilibre supérieur dans lequel le cheval augmente au maximum sa disponibilité, sa mobilité par un report de poids sur son arrière-main. C’est le cheval qui ” se grandit “, élevant son encolure, rapprochant plus ou moins son chanfrein de la verticale, voussant son dos et abaissant ses hanches.
Demander le galop et l’obtenir nécessitent d’augmenter l’impulsion – et risquer ainsi de détruire l’équilibre si le cheval manque de rassembler.
Comment donc permettre au cheval de rester en équilibre au galop ? En travaillant l’engagement des postérieurs et la souplesse des articulations des hanches.

I Améliorer le galop… sans galoper

Les jeunes chevaux qui manquent de force, qui n’ont pas terminé leur croissance, qui sont déséquilibrés par le poids du cavalier, ont parfois du mal à galoper – tout comme les trotteurs, moins à l’aise dans cette allure.
Le scénario catastrophe. Les uns et les autres accélèrent l’allure pour tenter de récupérer leur équilibre, et le cavalier n’a plus qu’à ” tirer ” dessus pour le ralentir, tout en le stimulant avec ses jambes pour le maintenir quand même dans l’allure ! Au mieux, le cheval ralentit, certes, mais dans un galop ” piqué”, sans amplitude, avec des foulées minuscules et un inconfort certain pour le cavalier. Celui-ci doit ” porter à bout de bras ” – et de jambes – le cheval pour qu’il ” tienne ” son galop. Le cavalier ” fabrique le galop ” dit Pierre Pradier, ce qui est très fatigant et un peu illusoire.
Pour résoudre le problème, le mieux, c’est… de ne pas galoper ! Tous les auteurs de traités ” anciens ” s’accordent à le dire. Mais de travailler au pas et au trot tous les assouplissements longitudinaux et latéraux : cercles et courbes, changements d’allure, ralentissements et allongements, hanches en dehors, épaule en dedans. Ça augmente le rassembler
Combien de temps ? Ça dépend du cheval, et du travail. Il faut régulièrement tenter un départ au galop du trot, sur un grand cercle, et voir si le cheval ” tient ” quelques foulées sans accélérer ni peser sur la main.
On peut quand même sauter ! C’est même recommandé, mais au trot… Et on obtient alors souvent quelques foulées de “bon ” galop : le saut a ” rassemblé ” le cheval ! Il faut alors arrêter ce galop à temps, avant la dégradation.

2 Ce sont les départs qui améliorent l’allure

Pour améliorer la qualité du galop, inutile de galoper des heures… Mais multiplier les départs.
D’abord du trot, en laissant le cheval augmenter un peu le trot pour partir au galop, puis du pas, puis à nouveau au trot ralenti.

Dès que le cheval galope en équilibre sur un grand cercle, qu’il accepte de ralentir et d’allonger l’allure, le galop s’améliore, c’est-à-dire s’amplifie, se cadence, grâce aux départs à partir du pas.
Pourquoi ? Parce qu’il part sur le premier temps du galop, et pas du 2e comme dans le cas trot-galop. On a vu que le bon galop dépendait autant de l’impulsion que du rassembler. Comme il est plus facile d’avoir un cheval rassemblé au pas, le départ au galop en équilibre sera plus facile à obtenir du pas. En répétant les départs du pas, et en interrompant le galop après quelques foulées – avant que le cheval ne se déséquilibre – on améliore la qualité de l’allure, en donnant au cheval les moyens physiques de la tenir.

Pour le galop à droite à partir du trot, le cheval part sur le 2e temps du galop (diagonal associé composé de l’antérieur gauche et du postérieur droit), puis enchaîne : 3e temps (antérieur droit), suspension, 1er temps (postérieur gauche), etc.
Pour un départ au galop à droite à partir du pas, le cheval part sur le 1er temps (postérieur gauche engagé). Le cavalier place la tête du cheval à droite, pèse sur son étrier gauche, en reculant la jambe gauche, et ralentit ainsi le diagonal gauche (antérieur gauche-postérieur droit). Le cheval doit alors avancer son épaule droite (pour rester d’aplomb)… Et part au galop en équilibre.

Pour obtenir les premiers bons départs :
Quittez la piste par une rêne d’ouverture, transformez-la en rêne contraire, en gardant la même incurvation, pour rejoindre la piste, et demandez le départ.
Ou encore, faites une demi-volte renversée en en rejoignent la piste avec une rêne contraire qui pousse les épaules, sans incurvation de l’encolure, tout en tenant les hanches. Demandez le départ juste avant de rejoindre la piste.

” Espérer ” le galop (1)
L’expression de Pierre Pradier est bien plus qu’un gag ! En préparant bien le cheval, par les exercices expliqués plus haut, en orientant la tête du cheval du côté où le cheval va partir au galop, et en disposant ses aides (jambe intérieure à la sangle et jambe extérieure un peu reculée, poids du corps vers l’extérieur), il suffit de donner un ” signal ” – le terme ” galop “, par exemple, auquel le cheval répond quand il travaille à la longe, et d’attendre le départ. Le seul fait de répéter l’exercice puis le signal fera vite comprendre au cheval ce qu’on attend de lui. Ce moyen permet de limiter le déséquilibre, comme le ferait les jambes en sollicitant une augmentation de l’impulsion et d’obtenir un galop ” ordonné “.

(1) Dans ” Mécanique équestre et équitation ” Maloine.