Dr Pierre Pradier

Généralités sur le dressage (vidéo)

Dressage : Généralités par Pierre Pradier

Le dressage des chevaux a ceci de particulier qu’en réalité on ne leur apprend rien.

Naturellement ils marchent, trottent, galopent, reculent, sautent. Naturellement pour jouer, se battre ou exprimer leur joie, ils exécutent courbettes, croupades et cabrioles. En d’autres termes, dresser les chevaux ne consiste qu’à tenter d’obtenir ces mêmes allures sous un cavalier, c’est-à-dire leur donner la force et la souplesse pour le faire. D’où la parfaite définition de La Guérinière : « La restauration ou l’amélioration des allures naturelles. »

Cette équitation, que nous qualifierons de « classique », ne s’intéresse donc qu’aux allures naturelles, allures spécifiques au cheval, c’est-à-dire propres à son espèce, apparaissant immédiatement à sa naissance sans apprentissage, monitorées par un inné locomoteur héréditaire, part de son stock chromosomique.

Cet inné locomoteur présente deux particularités qui seront utilisées quotidiennement au cours du dressage :

  • La capacité à se rassembler. Lorsqu’inquiet, un cheval se prépare à la fuite, lorsque l’étalon s’apprête à saillir, lorsqu’une confrontation l’incite à prendre une attitude de dominance, on dit qu’ils se rassemblent. Ces chevaux prennent l’attitude du rassembler.

Cette attitude particulière est en réalité celle dans laquelle le cheval oriente ses segments osseux, leurs angles respectifs et l’attitude générale de telle sorte que la force et le rendement de l’appareil musculaire soient optimum. Cette attitude génère des allures ayant une élévation et une amplitude supérieures : ce sont des allures rassemblées, pouvant aller jusqu’à la stylisation (piaffer et passage, par exemple).

  • La composante psychique. L’inné locomoteur du cheval présente une composante psychique : les allures expriment aussi l’état mental du cheval, sa joie, ses besoins de motricité, son agressivité, sa soumission, ses pulsions sexuelles, etc.

On sait par ailleurs que dans ces innés régulés par le système nerveux central, le corollaire de cette composante psychique est vraie (ce que le général Decarpentry appelle « le contraire ») : les attitudes et les allures influencent l’état psychique du cheval.

Si vous vous êtes forgé les moyens d’abaisser l’encolure et d’ouvrir l’angle tête-encolure, vous mettez le cheval dans un état de soumission et vous lui donnez une appétence pour le mouvement en avant (ceci fait partie des apports de l’extension d’encolure). Si, au contraire, vous le rassemblez – au passage, par exemple -, vous le transformez en dominant. Et dans cette attitude, bien des chevaux deviennent agressifs envers les autres chevaux.

Il résulte de ce qui précède :

Qu’en dehors de ces allures naturelles, le monde est inaudible pour les chevaux, un monde sans signification. La très grande majorité des rétivités viennent de là.

Résultat de millénaires de sélection naturelle, seules les allures naturelles sont adaptées à la morphologie du cheval. En d’autres termes, lorsqu’un cheval travaille dans des allures qui ne sont pas très exactement les siennes, le squelette, les articulations et les muscles souffrent. C’est là la cause principale des pathologies de l’appareil locomoteur et des usures prématurées.

Le dressage consiste donc en « une gymnastique adaptée » (Nuno Oliveira) pour donner au cheval la force et la souplesse qui lui permettront de retrouver, avec le poids et les exigences du cavalier, sa locomotion naturelle.

L’amélioration des allures dont parle La Guérinière se révèle n’être que la recherche des allures rassemblées, c’est-à-dire du rassembler.

Et en réalité, dès le débourrage, le cavalier ne fait que rechercher le rassembler. Recherche qui se poursuivra pendant toute la vie du cheval, en vue d’obtenir un rassembler supérieur… Le dressage d’un cheval n’est jamais terminé.

L’utilisation du cheval comme animal de sport n’infléchit nullement la philosophie de l’équitation classique. Si, pour le dressage de compétition, cela paraît évident, à l’obstacle (CCE et CSO), également, l’habilité du cheval, son rendement optimum, son usure minimum et surtout sa participation généreuse, passent d’évidence par le total respect de son inné locomoteur.

Quelle que soit la discipline : l’obstacle n’est donc qu’un apprentissage spécifique, celui de la zone d’abord où le cheval fait en sorte, au début, de trouver une place favorable à la battue (foulée décroissante), puis accepte les ordres du cavalier qui, lui, a des renseignements supplémentaires, nés de la reconnaissance à pied du parcours. Celui, enfin, d’une recherche de style permettant au cheval de sauter facilement, avec un déplacement vertical minimum de son centre de gravité, assurant un effort minimum.

En d’autres termes, hors la qualité du cheval, son aptitude naturelle, son respect des barres et sa bonne volonté, le niveau de son utilisation sportive sera déterminé par le niveau de son rassembler.

Quelques éléments issus des livres du Dr Pradier
L’objectif :

  • Retrouver l’harmonie locomotrice du cheval avec la contrainte nouvelle du poids du cavalier. C’est à dire la forme des allures où le cheval est le plus habile avec le meilleur équilibre possible, la plus grande mobilité, où il porte le mieux le cavalier, où enfin, retrouvant un certain confort il se décontracte.
  • Pour le cavalier cela revient à déterminer et se rendre maître des facteurs qui donnent naissance à cet état : la cadence, l’attitude et l’amplitude.

1. La cadence

  • C’est ce que le cavalier doit rechercher en premier sachant qu’elle est propre à chaque cheval et que le déséquilibre dû au poids du cavalier se traduit toujours par une précipitation et un raccourcissement des allures.
  • La recherche de la cadence se traduit donc par la nécessité de ralentir et le cavalier va se retrouver immédiatement avec le sentiment d’être en sous-impulsion, sur un cheval qui ne « travaille » pas. Il faut l’accepter le temps que le cheval s’installe dans cette cadence.

2. L’attitude

  • Dans tous les cas, il faut obtenir un allongement-abaissement de l’encolure, avec ouverture de l’angle tête-encolure (respect de l’harmonie locomotrice) pour permettre au dos de se « tendre » puis de se « remonter ». C’est seulement à ce moment que s’élabore la tension.
  • Ce travail ne se révèle fructueux que très lentement et très progressivement car c’est le résultat de la mise en place d’une musculature adaptée.

3. L’amplitude

  • Ce n’est qu’au fur et à mesure de la répétition des mouvements dans la bonne cadence et dans la bonne attitude que le cavalier va tenter , par une augmentation parfaitement dosée de l’impulsion, de donner aux allures plus d’amplitude dans le strict respects des cadences et de l’équilibre.
  • Cette recherche de l’amplitude dans les allures est fondamentale, elle doit rester une préoccupation constante du cavalier quel que soit l’âge du cheval, sa qualité et le niveau de son dressage, car , si elle conditionne la valeur d’une présentation de dressage, elle donne au cheval d’obstacle la couverture qu’il mérite, toute sa « voilure », et lui permet d’exprimer sa puissance.

4. La rectitude

  • La recherche de la rectitude va se poursuivre jusqu’à la fin du dressage (c’est-à-dire toute la vie du cheval) par le travail de 2 pistes (hanches en dehors sur le cercle, tête au mur, épaules en dedans, hanches en dedans, appuyers, hanches en dedans sur le cercle,…).

5. Le rassembler

  • Le rassembler est le résultat de cette recherche de la rectitude.

 

Attention : L’ordre de la recherche est totalement imposé : cadence, attitude, amplitude, rectitude, rassembler.

De ce fait, l’équilibre est le résultat, à tout moment, de l’adéquation parfaite entre l’impulsion et le rassembler.

 

Le rassembler

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